Adhérer, adhérer, qu'ai-je à y gagner ? par Yves Bosquet

Quand vous avez adhéré aux AMIS, outre le fait de trouver dans les activités matière à enrichir vos connaissances ou à exercer la curiosité de votre esprit, vous avez assurément « taquiné » une réalité plus profonde que beaucoup ne soupçonnent pas.

adhérer Helping hand member to join up with large social group or company

Pour en parler, je vais emprunter la plus large partie de mon propos à Pierre-Marie Lledo (neurobiologiste, directeur de recherches au CNRS. Grand Prix de l’Académie des sciences en 2007).

              À tout âge, dit le neurobiologiste, de nouveaux neurones se forment dans le cerveau. Mais pour exploiter ce potentiel, il faut savoir s’émerveiller, solliciter ses muscles et se protéger du trop-plein d’information.

               Disons les choses avec plus de précision : vous venez d’atteindre la quarantaine ou la cinquantaine, ou peut-être même avez-vous dépassé cet âge ? Vous n’imaginez sans doute pas que, dans cette région de votre cerveau que l’on nomme l’hippocampe (cad là où se forment vos souvenirs et où sont gérées vos émotions) tous les neurones présents à l’époque de votre naissance ont été remplacés depuis par des neurones fraîchement produits à partir de cellules souches du cerveau. Ouh lala, voilà les cours de neuropsychologie avec JL Juan de Mendoza qui rappliquent, vous direz-vous ! Non, non, c’est du Pierre-Marie Lledo que je récite dans le texte !

Nous avons tous le potentiel de régénérer notre cerveau, à tout âge. Seulement il y a des conditions à respecter pour que cette fontaine de jouvence puisse jaillir.

Si l’on fait avec Pierre-Marie Lledo, un détour par le monde de la recherche sur les souris, il vous dira que celles qui sont enfermées seules dans une cage sans jouets, s’étiolent. Au contraire, les souris placées dans un cadre stimulant et avec des congénères multiplient par trois le taux de production de nouveaux neurones. Dans la première expérience, on voit que le cerveau se détruit sous l’effet de la routine. Dans la seconde, on s’aperçoit que le cerveau se nourrit de la diversité.

En bref, nous hébergeons dans notre cerveau une espèce de pouponnière dans laquelle sont abritées des cellules souches neuronales. Celles-là mêmes qui ont permis de construire notre cerveau à l’âge embryonnaire et que nous avons embarquées dans le vaisseau de la vie sociale extra-utérine, après la naissance. Grâce à ce dispositif, au moment même où vous m’écoutez, de nouveaux neurones jaillissent dans votre cerveau !

Mais pour les produire, il y a 4 principes à satisfaire. Voilà le point ! Et ce n’est pas en restant assis à gober son écran de télé ou à « chauffer la roche » ou à rôtir au soleil à la plage du Boucan sans rien faire d’autre que le jaillissement va se produire…

Premier principe : il faut s’ouvrir au changement et fuir la routine. Socrate disait que « la sagesse commence avec l’émerveillement ». On parle ici de l’émerveillement d’apprendre et de comprendre. Il s’agit de stimuler la « libido sciendi », le désir d’apprendre et de comprendre, propre à l’être humain, je cite toujours Pierre-Marie Lledo.

Passons au second principe. Le cerveau est malléable car il est « informable ». C’est en effet l’information qui invite nos circuits cérébraux à se régénérer, mais de quel type d’information parlons-nous ? Aujourd’hui nous sommes confrontés à un vrai problème. Nous vivons dans un écosystème numérique. C’est-à-dire que sans rien faire, nous sommes bombardés d’information. Il nous faut apprendre à lutter contre ce trop-plein. Nous sommes abonnés à des blogs, des lettres, des twitt ; nos téléphones sonnent, vibrent. On s’aperçoit que ce type d’information, qui nous conduit juste à savoir, est délétère.

Le cerveau bombardé d’information, qui prend connaissance comme cela vient mais n’a pas compris pour autant, c’est-à-dire pris avec lui, ce cerveau est condamné à vivre en surface ; il est balloté par les vagues informatives. En tant que sujet « informé », je deviens un spectateur, au lieu d’être un acteur. Il est donc important, pour nous tous, de trier l’information utile, c’est-à-dire l’information qui nous fait comprendre, par choix, et de laisser de côté l’information futile, qui nous fait juste savoir. Dit autrement, ce deuxième principe nous invite à lutter contre ce qu’on enfermera dans un mot-valise : l’infobésité !

Où est donc la voie du salut ? S’exposer aux autres ! Troisième principe : prenons acte que notre cerveau est une véritable chambre d’écho de l’autre, de notre prochain. Ceux et celles qui ont suivi la conférence de Mathieu Ricard dans son plaidoyer sur l’altruisme pourront s’en persuader. Nous n’avons pas le contrôle sur certaines parties de notre cerveau, dont l’engagement dépend de l’exposition à autrui, à l’alter ego. C’est ce qu’on appelle, globalement, le cerveau social. Dit autrement, plus l’on cultive son altérité, plus l’on fuit l’isolement, plus le cerveau sera enclin à produire de nouveaux neurones. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans une lettre d’information autour de Noel : pour satisfaire sa curiosité d’esprit et comprendre le monde, rien de tel en effet,  que de le faire en interaction avec des êtres bien réels. Nulle volonté de rivaliser avec INTERNET, mais sortir de chez soi pour se sentir « relié » vraiment et partager de mêmes attentes, le pied !

Il existe encore un quatrième bon principe même si je m’écarte légèrement de l’objet social des AMIS qui est de créer du lien social par le savoir. Nous entrons donc en cuisine. Je fais ici un clin d’œil à la conférence du Dr Branswyck en octobre dernier. Très récemment, les neurosciences associées avec la microbiologie nous ont appris qu’il existait une flore intestinale dont la communication avec le cerveau est permanente. Chacun, en fonction de son régime alimentaire, notamment s’il consomme des fibres et varie son alimentation, encourage la prolifération de certaines espèces bactériennes qui concourent à la prolifération des neurones. À l’inverse, si la nourriture devient peu variée, riche en sucre et en graisse, elle favorise la prolifération d’espèces bactériennes qui sont de véritables verrous bloquant la production de nouveaux neurones, et ce quel que soit l’âge.

Voilà les quatre principes tels que les énonce le neurobiologiste (j’en ai volontairement omis deux qui concernent la consommation d’anxiolytiques et de somnifères de même que la lutte contre la sédentarité). Ma conclusion sur le chapitre des adhérents est tout énoncée : en adhérant aux AMIS de l’UNIVERSITE, vous concourez à votre bien-être neurologique et à la régénération de vos cellules !

Chacun à notre échelle, nous avons le pouvoir de tirer parti de cette révolution scientifique, à titre personnel, mais aussi vis-à-vis d’autrui. La fameuse maxime de Goethe citée par M. Llabro dit ceci : « Traitez les gens comme ils devraient être et vous les aiderez à devenir ce qu’ils peuvent être ». Voilà le pouvoir que l’on tient entre ses mains quand on participe, entre autres, aux activités des Amis de l’université.

Yves BOSQUET, en charge de la Présidence

Extrait du bilan moral, présenté en Assemblée générale le samedi 28 février 2017 sur le campus du Tampon